Il y a des disputes qui reviennent presque à l'identique, année après année. Le vaisselle qui traîne, l'argent, les beaux-parents, le temps passé sur le téléphone. Le sujet importe finalement assez peu : ce qui frappe, c'est la répétition. Le couple sait déjà comment la scène va se dérouler, qui va dire quoi, qui va se braquer, qui va finir par se taire. Et pourtant, elle recommence.

Ce que nous observons en séance, c'est que ces disputes répétitives ne parlent presque jamais du sujet apparent. Elles sont souvent le seul langage disponible pour dire autre chose : un besoin de reconnaissance, une fatigue accumulée, un sentiment de ne pas être écouté ou pris en compte dans les décisions. Le sujet sert de déclencheur, pas de cause.

Une des raisons pour lesquelles ces scènes se répètent, c'est qu'elles atteignent rarement leur but. On se dispute pour être entendu, mais la dispute elle-même empêche l'écoute : chacun est occupé à se défendre plutôt qu'à comprendre l'autre. Le résultat, c'est un sentiment d'échec des deux côtés, qui prépare le terrain pour la fois suivante.

Sortir de ce cercle demande rarement de résoudre le sujet en surface une bonne fois pour toutes. Il s'agit plutôt de repérer le moment où la conversation bascule souvent bien avant que le ton ne monte et de nommer ce qui se joue réellement à cet instant. « Je crois que ce n'est pas vraiment de ça qu'on parle » est parfois la phrase qui change tout.

C'est précisément ce travail que nous faisons ensemble en séance : ralentir suffisamment la scène pour voir ce qu'elle cache, et donner à chacun les mots pour le dire autrement qu'en criant. Ce n'est pas un exercice qui se fait seul, dans le feu de l'action. C'est pour cela qu'un tiers, extérieur au couple, change la donne.